Hyposensibilité et hypovigilance : Quand l'être se referme sous la pression du quotidien

Ce matin, lors d’une conversation avec un coaché, une réflexion m'est apparue avec encore plus d'acuité : nous entend beaucoup plus parler d'hypersensibilité qu’auparavant, mais on parle beaucoup plus rarement de son pendant opposé, l'hyposensibilité. Pourtant, dans mes accompagnements en coaching, je constate de plus en plus de signes d'un phénomène qui va au-delà d'un simple manque de vocabulaire émotionnel. Nombre de mes client.es ont du mal à nommer ce qu'ils ressentent avec précision dans leur tête mais aussi dans leur corps, d'autres encore se disent étrangement "numb" (on pourrait traduire cela par « engourdis émotionnellement ») face aux situations qu'ils traversent.

Le rétrécissement de la fenêtre ouverte sur l’Être

Derrière cette apparente neutralité se cache souvent un rétrécissement progressif de la "fenêtre ouverte sur l'Être". Cette fenêtre, qui nous permet de ressentir, d'interpréter, de réguler nos émotions, tend à se refermer sous l'effet d'un quotidien grignoté par les urgences, les interruptions permanentes, la pression de livrer et de se démultiplier. Peu à peu, la connexion aux signaux internes s'estompe et laisse place à une forme d'anesthésie.

Facteurs de risques et hypovigilance

Le premier indice : l’installation de ce que j’appelle une « hypovigilance ». Cette hypovigilance, qui accompagne souvent l’hyposensibilité, agit comme une réduction de notre capacité à percevoir et à répondre de manière adaptée à notre environnement.

Pour vous donner une photo claire de la situation : cela peut se traduire par une absence de réaction face à des signaux de stress, une difficulté à identifier ses propres besoins ou encore une baisse de la réceptivité aux émotions d'autrui.

Dans un monde professionnel où l'agilité émotionnelle est devenue un atout ou une compétence stratégique à développer, cette tendance à l’hypovigilance et à l’hyposensibilité pose problème. Un leader ou un collaborateur déconnecté de ses émotions risque de prendre des décisions en mode automatique, de manquer des signaux précurseurs de tensions interpersonnelles, voire d'entrer dans une forme de détachement qui fragilise l'engagement et la motivation de ses équipes.

Des conséquences sous-estimées

Cette forme d'insensibilisation progressive a des répercussions profondes. Sur le plan relationnel, elle peut éroder la qualité des interactions, car les émotions servent de repères dans nos échanges, un peu comme une boussole. Un gestionnaire qui est peu (ou pas !) en contact avec ses propres émotions aura plus de mal à identifier celles de son équipe et à ajuster son style de leadership en conséquence. Outre l’aspect relationnel, cela peut affecter la performance sur le long terme et le bien-être général : lorsqu'on ne reconnaît plus ses signaux internes, on peine à anticiper la fatigue, le stress ou le besoin de pause. Le risque de burn-out s'accroît alors insidieusement.

Le graphique ci-dessous permet de résumer et montrer l’interrelation de ce concept avec ses facteurs de risques et les conséquences :

Retrouver une connexion à soi

Comment réouvrir cette fenêtre sur l'être et retrouver une vigilance plus affûtée ? Voici quelques pistes que je propose souvent en coaching :

  • Ralentir et s'observer : Faire des pauses pour se demander "Comment je me sens maintenant ?" Sans attendre une réponse évidente, mais en restant curieux de toute sensation, même subtile.

  • S'exercer à nommer les émotions et à reconnaître ou elles s’expriment dans le corps : Utiliser un tableau des émotions, la formidable application « How to feel », ou tenir un journal pour élargir son vocabulaire émotionnel.

  • Expérimenter avec des pratiques pour se reconnecter à son corps : Yoga, respiration consciente, marche en pleine nature... Le corps est un excellent vecteur pour renouer avec ses ressentis.

  • Réguler l'exposition aux stimuli : Réduire les interruptions numériques et créer des espaces sans sollicitation permet de restaurer une forme de présence à soi et de pleine attention (sans les distractions qui donnent l’illusion que nous sommes « multitâches »).

Nous avons tendance à valoriser l'hyperperformance, mais nous oublions que l'écoute fine de nos émotions est une compétence aussi essentielle que n'importe quelle autre capacité cognitive ou technique. Et si nous prenions le temps de rouvrir notre fenêtre intérieure ?

Je serais curieuse de lire vos réflexions à ce sujet :

Ressentez-vous parfois ce "numb" (cet engourdissement émotionnel) ? Comment faites-vous pour cultiver votre vigilance émotionnelle ?

COACH VIRGINIE